Mise à jour, août 2026. Nous avons publié cette page le 31 octobre 2012. Nous l’avons rouverte quatorze ans plus tard, et nous y avons trouvé deux choses. D’abord le modèle que nous employons toujours, posé là en quelques lignes et jamais republié depuis. Ensuite une inversion : le texte annonçait la maîtrise d’ouvrage et décrivait la maîtrise d’œuvre. La confusion était dans notre propre article, ce qui dit assez la fréquence de l’erreur. Nous l’avons corrigée, et nous en avons fait le sujet.
Ce que nous écrivions en 2012
Le texte d’origine s’ouvrait ainsi :
« Qui dit stratégie de contenu Web ou projet de marketing éditorial web, dit gouvernance éditoriale. Or, que suppose une bonne gouvernance éditoriale ? Des instances — une équipe éditoriale, pilotée par un maître d’œuvre. Des outils pour assurer la bonne conduite, mais aussi le suivi et l’évaluation du projet. »
Deux termes seulement, et ils tiennent encore. Des instances qui décident, des outils et des méthodes qui équipent. Le troisième sommet, les contenus, n’était pas nommé en 2012 : il allait de soi, puisqu’il était l’objet de tout le reste. C’est en le nommant à son tour, des années plus tard, que le modèle est devenu le triangle éditorial que nous employons aujourd’hui. Cette page en garde la première formulation.
Le texte de 2012 disait qui compose l’instance : une équipe éditoriale, pilotée par un maître d’œuvre. Faute d’avoir tranché entre les deux maîtrises, il ne disait pas d’où cette instance tenait son mandat, ni qui, chez le client, restait propriétaire des décisions.
Deux rôles empruntés au bâtiment
La construction distingue depuis longtemps deux fonctions que l’éditorial confond.
Le maître d’ouvrage est celui pour qui l’on construit. Il définit le besoin, arrête le programme, arbitre les compromis et reste propriétaire du résultat. Il ne tient pas la truelle.
Le maître d’œuvre, lui, conçoit et conduit l’exécution : il traduit le programme en plans, coordonne les métiers et tient le calendrier. C’est lui qui répond de la conformité de ce qui est livré.
Transposé à l’éditorial, le partage ne change pas. L’organisation est maître d’ouvrage : elle seule peut décider ce qu’elle a à dire, à qui, et ce qu’elle refuse de dire. Reste à l’agence la maîtrise d’œuvre : concevoir le système, conduire la production, répondre de ce qui sort.
Ce qui arrive quand personne ne tient la maîtrise d’ouvrage
C’est la situation la plus courante que nous rencontrions. Personne ne la nomme comme un problème de gouvernance : elle arrive sur la table sous la forme d’un retard.
Un réseau national de services aux particuliers, plusieurs centaines de points de vente, engage une refonte éditoriale par itérations. La séquence qui suit tient en dix jours.
Un compte rendu de réunion annonce « les décisions actées et le calendrier jusqu’à la livraison ». Huit jours plus tard, deux formulations concurrentes circulent pour désigner la même chose : l’une dans les pages déjà relues, l’autre dans le guide de marque. Les deux sont présentées comme validées. Quarante-huit heures après, un message rouvre l’arbitrage sur le registre : « on se demande de plus en plus si on a bien fait ». Une équipe supplémentaire entre dans le circuit de validation. Dans ce même message, le périmètre de l’itération passe de quatre à neuf pages, et la relecture attend désormais le retour d’un validateur absent jusqu’à la fin du mois.
Chacun a validé ce qu’il avait à valider, dans son périmètre, et de bonne foi. Aucune de ces validations ne dit à qui revient l’ensemble.
Quand personne ne s’en saisit, le maître d’œuvre hérite d’arbitrages qu’il n’a pas le mandat de rendre. Il les rend quand même, parce qu’il faut livrer, et chacun de ces arbitrages est une décision d’entreprise prise par un prestataire. C’est une position intenable, et elle produit exactement ce qu’on reprochera ensuite à l’agence : des contenus qui ne ressemblent pas à la maison.
Une seule question compte, et elle vient avant la production : qui, chez le client, a le mandat de trancher, et cette personne existe-t-elle ?
Le travail réel d’un maître d’œuvre éditorial
Trois choses, et aucune n’est la rédaction.
Il traduit une décision en programme. Ce que l’organisation a arrêté devient une architecture de contenus, des gabarits, des règles de formulation. Sans décision en amont, il n’a rien à traduire, et c’est là que le chantier échoue.
Il tient la chaîne. Il installe les rôles, les circuits de validation, les cycles de production et de mesure. La preuve du travail se lit au quarantième contenu : il ressemble encore au premier, alors que les auteurs ont changé.
Il répond de la conformité. Elle se mesure à ce qui a été décidé, jamais au goût de celui qui relit. C’est la seule position depuis laquelle un prestataire peut refuser une demande, et ce refus est le service.
Nos corrections, quatorze ans plus tard
Nous avons corrigé l’inversion, retiré une formule juridique tombée en désuétude et abandonné la description de nos rituels de suivi, qui n’intéressait que nous.
Nous avons gardé le triangle, parce qu’il tient, et sa date, parce qu’elle est vraie.
Une organisation qui ne sait pas qui tient sa maîtrise d’ouvrage éditoriale a un rôle vacant. Changer de prestataire ne l’occupera pas à sa place.
